Tous marginaux !
(signé Don Quichotte)
   Mercenaires ou contemplatifs actifs, joueurs ou responsables,
 quelle marge nos motivations peuvent-elles encore occuper dans la marche du Monde actuel ?
    Le courage consiste-t-il à  apprendre à se taire, à apprendre à tirer son épingle du jeu sans se mouiller, à laisser parler les grands en n'utilisant ses capacités de discernement que pour savoir choisir, parmi eux, le plus fort, le plus rassurant, le plus suivi ... et s'engager à son service en tâchant de devenir à son tour son héraut ?
 Ou bien, le courage doit-il être banni, assimilé à des pusillanimités de protestataires, à des prétentions de gourous révolutionnaires, ou à des lubies de marginaux ?
  Visons-nous une républiques où seuls les plus grands doivent être écoutés, où seuls les plus faibles doivent être secourus, où les minorités doivent être montées en épingle tandis que les tâcherons devront bien assimiler des leçons à l'entropie croissante ... pour mieux apprendre à marcher au pas ?   vers quel paradis artificiel ou supposé ?



  Des "intellos précaires"(1) aux membres de l'OCDE(1),  en passant par les lecteurs du manifeste d'Unabomber (1), personne n'est censé ignorer aujourd'hui cet ouvrage de Jean-Jacques Salomon (1): « Le scientifique et le guerrier »(1) , ( Edition   BELIN  / Débats )

  Puisque l'ouvrage est édité dans la section "Débats",  osons lui rendre hommage par quelques (bribes de) citations et commentaires : il restera bien sûr au lecteur éventuel à se reporter à l'ouvrage complet, riche en analyses et références éclairées de notre histoire contemporaine.

  Le sujet semble effectivement d'actualité "culturelle", si l'on s'en réfère à la radio (France Inter) (1) ... , aux questions qui tournent en ce moment autour de la Culture ("l'Age de l'Accès" de J. Rifkin) (1), ou, par ricochet, autour du Spectacle ( Avignon , ..,   Guy Debord, ... ) (1)  ou encore si l'on se prépare à l'année de la Science,  et que l'on considère les tensions et questionnements de notre pays en ce qui concerne les crédits de la Recherche.

  (1) : difficile de ne pas donner l'impression de prendre parti, mais si «traduire est trahir », il faut accepter de ne pas plaire à tout le monde, ... ou alors il faudrait renoncer définitivement à traduire ses réflexions avec des mots, ce qui fermerait encore davantage nos perspectives et ouvrirait la porte à bien d'autres divagations.
   Alors , SVP, considérons que, dans une ré-publique, les "scientifiques" ou les gens de Lettres ne doivent pas être exhortés de façon trop privilégiée à aborder la chose politique, et permettons au commun des mortels de mettre les pieds dans le plat sans y chercher nécessairement des calculs politiciens.
    Avant même de se demander s'il est pertinent de mettre en opposition ou en parallèle  "Le scientifique et le guerrier" et le " Manifeste : L'avenir de la société industrielle", traduit par J.M. Apostolidès, Professeur à l'Université de Stanford, n'est-il pas intéressant de constater que ces ouvrages existent et ne font pas parler que des paumés ?
  Ensuite, on pourra se demander pourquoi de simples pions, capables de suivre les hauts raisonnements de chacun de ces types d'ouvrages, continuent  quand même, après en avoir compris les propos, à vouloir montrer leurs simples vues et leur propre sens du pragmatisme sain.


 à retrouver dans  « Le scientifique et le guerrier »  :
p 50 :
« Plus les chercheurs se consacreront à des travaux se réclamant de l'esprit, éloignés de tout souci d'application à court terme, plus grande sera leur conscience d'appartenir à une même famille. Plus les recherches seront orientées vers des applications, plus les liens qui unissent cette famille se distendront »
  [ => esprit de caste ?  élitisme ? ]

[les scientifiques]  «   ... le "piédestal" sur lequel notre civilisation (et nombre d'entre eux) les a placés tient à une imagerie conventionnelle qui les dépeint "comme s'ils étaient plus que des humains, comme des dieux dans leur créativité, mais aussi commme moins que des humains, privés des passions, des attitudes et des liens sociaux propres aux gens ordinaires. Le résultat est qu'ils sont déshumanisés à force d'être idéalisés et, à l'occasion, idolâtrés" »
  [ => les simples techniciens, ou plombiers de l'informatique, malléables et astreints à une mobilité totale, sur lesquels s'appuyent aussi les scientifiques, n'ont pas la compensation d'être idolâtrés; pour autant, sont-ils moins déshumanisés ?    => mercenaires ?  - autistes robots ? ]

p51:
 « Comme Merton l'a dit à plusieurs reprises, l'idéologie de la science qui revient, de la part des scientifiques, "à répudier l'application de normes utilitaristes à leurs travaux, a pour fonction principale d'éviter le risque d'un contrôle trop étroit exercé par les agences qui les subventionnent. " »    [ ! ]

p 52:
 «  La langue commune, véhicule d'une communication réservée aux spécialistes, est en même temps gage d'une amitié et d'une confiance qui doivent s'étendre hors des enceintes livrées aux discussions techniques. Il n'y a donc pas de paradoxe à voir les scientifiques qui se veulent, sur le plan de l'expertise, libres de toute idéologie, attribuer à leur rôle sur le plan international une mission idéologique. ... »

p 61 :
 «  .. je crois qu'il faut souligner la part de contestation, menant éventuellement sur la voie de la dissidence, qui caractérise la posture de ceux des scientifiques - fort peu nombreux, au demeurant - qui se battent pour une cause dont la nature et les implications ne sont jamais strictement techniques, c'est à dire réductibles à ses composants scientifiques ... »

p 64 :
 « ... En outre, les directions privilégiées de la recherche fondamentale elle-même ne sont pas indifférentes à l'orientation budgétaire des politiques de la science: il y a assurément de l'idéologie dans cette vision de la recherche fondamentale conçue comme intrinsèquement pure, désintéressée, vouée à la poursuite du savoir pour lui-même autant qu'au bien de l'humanité. .. »

p 67 :
 « Cette idée de la guerre considérée comme un jeu noble a certes pu se maintenir dans les guerres modernes en dépit de leur inhumanité, mais l'introduction sur les champs de batailles des armes à feu, pourvues de mécanismes complexes, a simultanément aboli l'ère de la chevalerie et soulevé le problème du seuil à partir duquel la capacité de destruction devient immorale - ignoble au sens propre du terme.»
... «  Les armes liées aux progrès de la recherche scientifique excluent toute dimension ludique dans les guerres contemporaines, alors que c'est précisément la présence du "jeu" qui apparaissait à Huizinga comme le fondement de la civilisation. Aussitôt qu'on se borne, écrit-il, à "poser en principe l'intérêt et la puissance du groupe particulier - peuple, parti, classe, Eglise ou Etat - pour norme exclusive du comportement politique, les vestiges purement formels de l'attitude ludique disparaissent et, avec elle, toute prétention à la civilisation: la communauté retombe plus bas que le niveau de la culture archaïque" »

p 70 :
 « ... les activités scientifiques sont devenues un substitut à l'engagement de la guerre réelle  ...»

p 71 :
 « .. cette guerre envisagée dans sa fonction ludique a trouvé dans la recherche scientifique sa forme sublimée. En se déplaçant des champs de bataille dans les laboratoires, le plaisir de la recherche, fût-ce pour la production des armes les plus meurtrières, renouait avec l'esprit chevaleresque de la compétition. La fonction du chercheur ne renvoie-t'elle pas au modèle le plus archaïque de la lutte pour l'honneur, la gloire et le prestige ?    .... - l'idée que la lutte pour la première place est tout aussi inhérente à la guerre économique qu'à la guerre tout court »

p 83 :
 « Comme l'a dit en 1997 Sir Michael Atiyah, dans l'allocution qu'il a prononcée à la fin de son mandat de président de la Royal Society, les complaisances de certains scientifiques à l'égard du complexe militaro-industriel ne sont pas loin de ressembler à de la prostitution. »
... [parlant des scientifiques] « ... " .. et la suspicion que le public ressent à notre égard en est l'une des conséquences . [...]  Nous autres savants, nous nous trouvons désormais confrontés à une question cruciale : comment nous comporter vis-à-vis du gouvernement et de l'industrie, de façon à tretrouver la confiance du public ?
Il va nous falloir un peu d'humilité. Rien ne sert de se plaindre que le public est mal informé et qu'il aurait besoin d'être rééduqué. »

p 93 :
 « Le processus de mondialisation et la révolution de l'information coïncident avec le déclin de la "territorialité" de la production .... simultanément se multiplient les revendications liées à l'écart grandissant entre pays participant aux réseaux internationaux et ceux qui en sont exclus. »
   [ voir "barrière numérique" ... ou "l'Age de l'accès" (Rifkin) .. ]

p94:
 « De fait, Davos et Porto Alegre symbolisent deux univers dont les rationalités ne renvoient pas aux mêmes références - un monde non pas tant sur le chemin de l'unité que sur celui d'une régulation d'un type nouveau. La répression dont ces mouvements ont été le théâtre à Gènes n'a pas seulement signalé la dérision des échanges entre les membres du G8, elle appelle à une véritable mobilisation des victimes et des contestataires contre les symboles d'un pouvoir mondial qui s'exerce sans unité ni conviction derrière la façade des prérogatives des Etats-nations.  De fait, le système des Nations unies demeure sous la tutelle des pays les plus industrialisés, qui eux-mêmes sont de plus en plus sous influence des grandes entreprises privées .... Et dans ce contexte, le conflit de loyauté du scientifique ne se situerait plus entre son pays et les valeurs présumées de la science, mais entre celles-ci et les impératifs du marché ... »

p96:  [chapitre sur la Balkans :  cette bribe de citation ne s'intéresse qu'à la notion d'Empire   ;-)   ]
 «  ... Les racines de l'explosion remontent assurément à une longue histoire, qui est celle de royaumes, de nations, de religions et de peuples longtemps tenus sous la tutelle des Empires, ...»

p 97:
 « "La raison efface les autres tristesses et douleurs, disait Montaigne dans les Essais, mais elle engendre celle de la repentance " »
   [ c'est ici un rare cas de réhabilitation de la raison qui veut être souligné ]

p98:
 « ... c'est par le recours à la diabolisation de l'autre et aux "boucs émissaires ethniques"   ... ont été entraînés ... dans l'escalade ruineuse en dépenses militaires d'une "petite guerre froide" . »
  [ se reporter à l'original pour les détails ]

p99:
 « Tout est possible, certes, si la volonté politique existe ... »
  [ .. et si elle est sincère ... ]

p 102:  [chapitre sur le Maghreb ... il n'est pas interdit non plus de regarder autour de soi,toutes proportions gardées, les similitudes ou reflets ..]
 «  Les analyses sans complaisance d'Abdulhamid Chorfa, ancien secrétaire général du gouvernement algérien, illustrent toutes les raisons pour lesquelles les pays du Maghreb, faute d'infrastructures scientifiques et de budgets de recherche plus conséquents, ont rapidement connu "l'exode des cerveaux" et ne disposent pas encore d'une communauté scientifique constituée et identifiée, légitimement reconnue et soutenus par les politiques. Cette situation hypothèque toute possibilité de voir des scientifiques peser sur la sphère politique. D'autant plus que le cadre politique d'organisation de la société ne favorise pas l'émergence d'une société civile ouverte aux débats publics»
   [ notons, sans s'en démarquer, l'ambiguïté de la démarche qui fustigerait le manque de conscience politique de la majorité des scientifiques .. tout en déplorant leur manque d'accès au pouvoir .    Mais, encore une fois, se reporter au texte original ... ]
   
 « ... Le paradigme industrialiste » s'est dissous dans des stratégies pour le prestige plutôt que pour l'engagement professionnel, et si le discours sur la science a été partout légitimé, la pratique de la science, elle, ne l'a pas été.
Entre une "socialisation sûre" et une "professionnalisation aléatoire"», suivant l'excellente formule de Hocine Khelfaoui, le choix a été coûteux à long terme, qui revenait à faire prévaloir les options politico-idéologiques sur les réalités économiques et à ne trouver de légitimité, fût-ce pour des enjeux aussi importants que la formation et l'utilisation des ingénieurs et des techniciens, que dans le recours au favoritisme de l'Etat. Du même coup, les fonctions politiques ont prévalu sur celles que définit la compétence: l'Etat démiurge et omniprésent a bouclé le processus de promotion sociale, reléguant au second plan ceux-là mêmes qui devaient passer pour les piliers de la construction de l'Etat.
»
p103:
« .. les différentes factions qui, à un moment ou à un autre ont exercé le pouvoir, ont rendu de pieux hommages aux compétences techniques plutôt qu'accepté de partager le pouvoir avec les détenteurs de ces compétences»
« ... la violence qui s'est emparée du pays a rendu encore plus aléatoire la capacité de la société à se prendre en charge professionnellement . »

p 109:
« .. faute d'une société civile capable d'influer sur les décisions politiques, il n'y a pas d'espace favorable à la critique démocratique ni de pression en faveur de programmes communs conséquents. »
  [ ... dans un pays qui se veut démocratique, la "société civile" peut-elle être représentée seulement par des "scientifiques" ou des savants quand certains d'entre eux affirment eux-mêmes qu'ils ne seraient rien sans un "continuum" de compétences allant du technicien de base à l'expert ?  Doit-on y désacraliser le "scientifique" pour mieux disposer de ses robots techniciens n'ayant aucun droit au chapitre  ?  Dans un pays qui se veut démo-cratique, est-on obligé d'inverser les rôles ? .. ]

p 110 :
« ... la prise de parole ... qui peut aller jusqu'à la dissidence, le renoncement à sa carrière et le sacrifice.
C'est bien pourquoi on peut se demander finalement pour quelles raisons et par quels scrupules certains scientifiques travaillant pour la défense cessent de le faire ou se trouvent en même temps militants de la paix. Ou encore se demander pourquoi certains attendent des réponses spécifiques de la science (et des scientifiques) à des problèmes dont la nature n'est pas spécifiquement scientfique. 
... La seule réponse catégorique est, sans doute, que là où il n'y a pas de science, de communauté ni d'institutions scientifiques, il n'y a aucun espace commun de rationalité à atteindre ...  : le problème ici n'est pas tant celui de la même règle du jeu à observer que celui d'une langue commune dans et par laquelle se parler. »
..  « Inversement, il n'y a jamais de garantie pour que, là où s'exerce la rationalité de la science, la "diabolisation de l'autre" ne tienne pas lieu de politique ... »

p 111:
« [citation de la Convention de l'UNESCO]  "Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix" »
  [ .. en espérant que des esprits 'supérieurs' n'auront pas l'idée de vouloir sauver l'Homme malgré lui .. en provoquant son anéantissement ! ce qui impliquerait en effet le rejet de la science et de la raison ... ]

p 112:
«  .. : il faut encore travailler désormais à renforcer par la science les régimes de non-utilisation des armes les plus récentes et les plus destructrices. »
   [ avouons ici que la lubie d'Unabomber consistant à vouloir la "destruction  du système industriel", même si elle part sans doute de bons sentiments, nous paraît en effet simpliste ... ne serait-ce que sur un plan matérialiste ! ]

p113:
 «  Il est possible, d'ailleurs, comme Kant le suggérait, que la guerre soit "indispensable au perfectionnement du genre humain", et qu'il faille en passer par là pour voir progresser, vaille que vaille, une société moins vouée à la violence ...
 Reste qu'en l'absence de l'unité ou de l'empire universel (qui pourrait tout aussi bien être tyrannique),  les guerres font partie des ingrédients de l'histoire -sinon de la nature - humaine.»

p 114:   [ clins d'œil ]
 ;-)   «  .. rêve hégélien de la fin de l'histoire et l'idée nietzschéenne du "dernier homme" englué dans l'ennui et la médiocrité de la société universelle. »

;-)   « Alors une autre histoire post-humaine pourra commencer »
   [ et si elle avait déjà commencé à notre insu ?  ... ne serait-ce que par les effets de bords  de la  robotisation, l'accélération des transformations écologiques , etc ... qui pourrait prétendre s'en isoler ? ]

;-)  [ encore une référence à Alvin Töefler .. ! ]

p 116 :
 « La conception, tout comme la production des systèmes d'armes, est moins tributaire désormais des industries publiques d'armement que de l'industrie privée ... »

p117:
 « La guerre informationnelle ne se livre pas seulement sur le champ de bataille, elle se livre aussi en dehors du théâtre des opérations et surtout en dehors de l'engagement même de la guerre: elle est partout dans la confrontation économique, technologique et médiatique quotidienne »
 [  .. et culturelle ... et dans la course sournoise et indénonçable aux techniques de formatage des esprits pleins de bonne volonté ..  ]

p120
 «   .. Seuls au monde, comme le Père Ubu, ils entendent imposer leurs lois, leurs moeurs, leur idéologie au prix d'un désordre international plus imprévisible qu'au temps de "l'équilibre de la terreur". ...»

p 123 : [chapitre  « Une figure de la culture »]
 « C'est bien à partir de la Seconde Guerre mondiale que la science est devenue une affaire d'Etat ... »

p125 :
 « L'enjeu n'était plus idéologique, mais économique et par là même encore stratégique dans le nouveau contexte de la mondialisation livrée à la "guerre économique " : empêcher les alliés, aussi bien que les adversaires, d'accéder à des informations high tech capables de réduire les avantages concurrentiels des Etats-Unis »
... « ..; en effet, l'autonomie et le progrès même de la recherche fondamentale pouvaient être menacés par les restrictions imposées au libre échange des idées avec des collègues étrangers »
 « Les associations scientifiques, organisations dont les objectifs se limitaient à des réunions et à des publications, sont devenues des organismes qui visent à changer la société. »
  [ .. parallèlement, est-il bien pertinent de reprocher à Don Quichotte de vouloir "changer le monde" ? ]

p 126:
 « ... Herbert York considère qu'il y a deux catégories de scientifiques  ... "les optimistes technologiques" .. et ... ceux que traverse un doute sur la bénévolence inévitable de leurs recherches.   ... Les seconds dépassent leur engagement professionnel en s'interrogeant sur l'usage qui est fait de ce qu'ils découvrent ou réalisent et parfois prennent la parole, au risque de compromettre leur carrière, pour dénoncer cet usage. »
 [ ... dommage que seuls les élites ou les savants soient dignes d'intérêt, sinon un intellectuel médiatique finirait sans doute par découvrir une toute nouvelle dimension, moins utilitariste ou matérialiste, de la science (ou de l'informatique) : à savoir sa valeur de discipline de l'esprit ...]

p127:
 « ... Techniciens parmi d'autres, la plupart des scientifiques sont les exécutants d'une science "sans âme ni conscience": le scrupule n'est pas leur lot, et beaucoup parmi eux ne se comportent pas autrement que des mercenaires ... »
 « .. apprenti-sorcier ..»

p 129:
 « Et si les inégalités demeurent, en particulier si "les deux tiers de la population croissante de la terre sont victimes de la sous-alimentation", il n'y a pas lieu de s'en prendre "à  l'insuffisance de l'esprit inventif des savants" : le seul frein au respect de ces droits est soit l'inégalité des ressources soit la volonté de certains Etats "de murer matériellement ou intellectuellement leurs ressortissants dans leurs frontières" »
...  « En ce sens, la science porte la marque d'une inspiration et d'une aspiration à l'universel qui ne sont pas très différentes de celles des droits de l'homme »
  [ encore faut-ils savoir que des 'penseurs' s'insurgent contre l'ordre des "droits de l'homme" , encore faut-il comprendre pourquoi ... ]

p 130:
 « ... que l'on prenne "franchement parti sur le problème de la liberté de la recherche scientifique " »

p 131:
 « ... René Cassin soulignait que tout dépend finalement de la conscience des scientifiques : ceux-ci devraient, par leur vocation autant que par leur éducation, "être mis en état de résister à la tentation d'user de leur pouvoir "»
  [ ne tourne-t-on pas un peu en rond : qui éduquera ceux qui éduqueront les scientifiques ? qui leur confère du pouvoir ?  ...]

 « ... le droit est de plus en plus pris de court ... »

p 141 :
 « ... ne prenons pas l'effet pour la cause: la science et la technologie ne sont pas des forces qui agiraient de l'extérieur sur les sociétés ... ..: la racine du mal n'est pas là. entre la terreur et le scrupule, les apprentis-sorciers de la science forgent les armes avec lesquelles les hommes écrivent l'histoire, ils ne la dictent pas et ne lui commandent pas. .. »

p 143 :
[conférences de Pugwash]   « ... ceux qui s'y expriment n'ont cependant pas manqué à leur vocation en choisissant d'assumer ce que leur fonction même a désormais de politique : "Ils ont considéré de leur devoir d'essayer de toute façon ..." ...»


 Ainsi s'achève la démonstration : CQFD = 
   Donc (*) :
      - l'élite est marginale,
      - à fortiori : l'élite de l'élite (qui, elle, aurait une conscience) !
     - ceux qui ne sont pas dans l'élite ont un rôle marginal dans la marche du monde : ils ne sont même que les pions du jeu chevaleresque que sont censés jouer pour leur bien les rares savants vertueux qui sauvent la face de la science : il faut bien qu'il y ait des consommateurs, des utilisateurs pour pouvoir jouer à la "République"  et à la  "Démocratie" !
 Il ne s'agit que de trouver des savants vertueux capables d'apporter aux populations la sécurité (les armes) et le confort de solutions toutes faites, en aucun cas il ne viendrait à l'esprit de leur faire partager le poids et les dilemmes de l'acquisition de savoir, puissance ou pouvoir.
  (*)  : plus exactement,  "le scientifique et le guerrier" nous donne à voir comment les rêves et les idées de  ceux qui sont censés être les piliers de notre monde contemporain n'en sont en fait qu'à la marge

Conclusion :
  Le danger, c'était l'inconnu, la gêne c'était l'autre, mais a-t-on besoin que quelques-uns nous annoncent que le problème à erradiquer ce serait l'Homme, ce serait nous-mêmes ... et qu'on doit leur donner les moyens de s'en charger ?
( s'il faut préciser : l'apprenti-sorcier s'est démarqué en passant du souci commun de survie -éliminer les dangers-, à  celui de prospérité - s'appuyer sur la pééminece de son savoir, écarter les obtacles et les concurrents-, et enfin, cerise sur le gâteau, il veut la gloire - se voir en 'pilote' du sauvetage d'une Humanité en déroute / la fatalité d'une prochaine fin du monde reconnue comme inexorable augmenterait alors le risque de devoir s'en remettre à des mégalos se rêvant inconsciemment ou secrètement comme ultime phare et modèle de notre Espèce ... )
S'il est nécessaire de sauver le monde, envisageons d'abord, pour en prendre conscience, de savoir observer, développer des sensibilités, un sens critique et des capacités de discernement (ne pas bannir la raison ! (**) ). Et, comme le suggérait Hubert Reeves,  il ne suffirait plus d'éviter les dérives : s'il n'est pas sûr que toutes nos capacités scientifiques réunies pourraient relever le défi de trouver l'antidote aux maux qui rongent notre planète c'est peut-être aussi qu'il faut élargir l'appel à participation. (et ça, ce n'est plus de l'humour grinçant ! )
(*)  : quand des 'littéraires', qui sont certainement loin d'être les moins nombreux ni les moins puissants aux postes du Pouvoir politique, veulent exhorter les 'scientifiques' à utiliser davantage l'hémisphère droit de leur cerveau, la population serait peut-être davantage séduite, s'ils n'abusaient pas un peu de cette catégorisation pratique pour gommer par la rhétorique toutes les responsabilités que devrait savoir assumer leur cerveau gauche.

Puisque nous sommes tous marginaux,  la marge est immense et nous y avons de la place, la vie est belle !
      Insistons donc pour jouer notre propre musique (cela ne portera pas ombrage à Mozart !) : nous ne serons jamais ni plus ni moins prétencieux que n'importe qui.