Mercenaires ou contemplatifs actifs, joueurs ou
responsables, quelle
marge
nos
motivations peuvent-elles encore occuper
dans la marche du Monde actuel ?
Le courage consiste-t-il à apprendre à
se taire,
à apprendre à tirer son épingle du jeu
sans se
mouiller, à laisser parler les grands
en n'utilisant ses
capacités de discernement que pour
savoir choisir, parmi eux, le plus fort, le plus rassurant, le plus
suivi ... et s'engager à son service en tâchant de
devenir à son tour son héraut ? Ou
bien, le courage doit-il
être banni, assimilé
à des pusillanimités de protestataires,
à des
prétentions de gourous révolutionnaires, ou
à des
lubies de marginaux ?
Visons-nous une
républiques où seuls les plus
grands doivent être écoutés,
où seuls les
plus faibles doivent être secourus, où les
minorités doivent être montées en
épingle
tandis que les tâcherons devront bien assimiler des
leçons
à l'entropie croissante ... pour mieux apprendre
à
marcher au pas ? vers quel paradis artificiel ou
supposé ?
Des "intellos précaires"(1)
aux membres de
l'OCDE(1),
en passant par les lecteurs du manifeste d'Unabomber (1),
personne n'est censé ignorer aujourd'hui cet ouvrage de
Jean-Jacques
Salomon(1):
« Le
scientifique et le guerrier »(1),
( Edition BELIN / Débats )
Puisque l'ouvrage est édité dans la section
"Débats", osons lui rendre hommage par quelques
(bribes
de)
citations et commentaires : il restera bien sûr au lecteur
éventuel à se reporter à l'ouvrage
complet, riche en analyses et
références éclairées de
notre histoire contemporaine.
Le
sujet semble
effectivement d'actualité
"culturelle", si l'on s'en réfère à la
radio (France Inter) (1)
... , aux questions qui tournent en ce moment autour de la Culture
("l'Age de l'Accès" de J. Rifkin) (1),
ou, par ricochet, autour du Spectacle ( Avignon , .., Guy
Debord,
... ) (1)
ou encore si l'on se prépare à l'année
de la
Science, et que l'on considère les tensions et
questionnements de notre
pays en ce qui concerne les crédits de la Recherche.
(1):
difficile de ne pas donner l'impression de prendre parti, mais si
«traduire est trahir
», il faut accepter
de ne pas plaire à tout le monde, ...
ou alors il faudrait renoncer définitivement à
traduire ses
réflexions
avec des mots, ce qui fermerait
encore
davantage nos perspectives et ouvrirait la porte à bien
d'autres divagations.
Alors , SVP, considérons que, dans une
ré-publique, les "scientifiques" ou les gens de Lettres ne
doivent pas être exhortés de façon trop
privilégiée à aborder la chose
politique, et
permettons au
commun des mortels de mettre les pieds dans le plat sans y chercher
nécessairement des calculs politiciens.
Avant
même de se demander s'il est pertinent
de mettre en opposition ou en parallèle "Le
scientifique
et le guerrier" et le " Manifeste : L'avenir de la
société industrielle", traduit par J.M.
Apostolidès, Professeur à l'Université
de Stanford, n'est-il pas intéressant de constater que ces
ouvrages
existent et ne font pas parler que des paumés ?
Ensuite, on pourra se
demander pourquoi de simples pions,
capables de suivre les hauts raisonnements de chacun de ces types
d'ouvrages, continuent quand même, après
en avoir
compris les propos, à vouloir montrer leurs simples vues et
leur
propre sens du pragmatisme sain.
à
retrouver
dans « Le
scientifique et le guerrier »
:
p
50 :
« Plus les chercheurs se consacreront à des
travaux se
réclamant de l'esprit, éloignés de
tout souci
d'application à court terme, plus grande sera leur
conscience
d'appartenir à une même famille. Plus les
recherches
seront orientées vers des applications, plus les liens qui
unissent cette famille se distendront » [
=> esprit de
caste
? élitisme ? ]
[les scientifiques]
« ... le "piédestal" sur
lequel notre civilisation (et nombre d'entre eux) les a
placés
tient à une imagerie conventionnelle qui les
dépeint
"comme s'ils étaient plus que des humains, comme des dieux
dans
leur créativité, mais aussi commme moins que des
humains,
privés des passions, des attitudes et des liens sociaux
propres
aux gens ordinaires. Le résultat est qu'ils sont
déshumanisés à force d'être
idéalisés et, à l'occasion,
idolâtrés" » [
=> les
simples
techniciens, ou plombiers de l'informatique, malléables et
astreints à une mobilité totale, sur lesquels
s'appuyent
aussi les scientifiques, n'ont pas la compensation d'être
idolâtrés; pour autant, sont-ils moins
déshumanisés ? =>
mercenaires ? -
autistes robots ? ]
p51:
« Comme Merton l'a dit à plusieurs
reprises,
l'idéologie de la science qui revient, de la part des
scientifiques, "à répudier l'application de
normes
utilitaristes à leurs travaux, a pour fonction principale
d'éviter le risque d'un contrôle trop
étroit
exercé par les agences qui les subventionnent. "
» [ ! ]
p 52:
« La langue commune,
véhicule d'une communication réservée
aux
spécialistes, est en même temps gage d'une
amitié
et d'une confiance qui doivent s'étendre hors des enceintes
livrées aux discussions techniques. Il n'y a donc pas de
paradoxe à voir les scientifiques qui se veulent, sur le
plan de
l'expertise, libres de toute idéologie, attribuer
à leur
rôle sur le plan international une mission
idéologique.
... »
p 61 :
« .. je crois qu'il faut souligner la
part de
contestation, menant éventuellement sur la voie de la
dissidence, qui caractérise la posture de ceux des
scientifiques
- fort peu nombreux, au demeurant - qui se battent pour une cause dont
la nature et les implications ne sont jamais strictement techniques,
c'est à dire réductibles à ses
composants
scientifiques ... »
p 64 :
« ... En outre, les directions
privilégiées
de la recherche fondamentale elle-même ne sont pas
indifférentes à l'orientation
budgétaire des
politiques de la science: il y a assurément de
l'idéologie dans cette vision de la recherche fondamentale
conçue comme intrinsèquement pure,
désintéressée, vouée
à la poursuite
du savoir pour lui-même autant qu'au bien de
l'humanité.
.. »
p 67 :
« Cette idée de la guerre
considérée
comme un jeu
noble a certes pu
se maintenir dans les guerres modernes en dépit de leur
inhumanité, mais l'introduction sur les champs de batailles
des
armes à feu, pourvues de mécanismes complexes, a
simultanément aboli l'ère de la chevalerie et
soulevé le problème du seuil
à
partir duquel la capacité de destruction devient immorale -
ignoble au sens propre du terme.»
... « Les armes liées aux
progrès de la
recherche scientifique excluent toute dimension ludique dans les
guerres contemporaines, alors que c'est
précisément la
présence du "jeu" qui apparaissait à Huizinga
comme le
fondement de la civilisation. Aussitôt qu'on se borne,
écrit-il, à "poser en principe
l'intérêt et
la puissance du groupe particulier - peuple, parti, classe, Eglise ou
Etat - pour norme exclusive du comportement politique, les vestiges
purement formels de l'attitude ludique disparaissent et, avec elle,
toute prétention à la civilisation: la
communauté
retombe plus bas que le niveau de la culture archaïque"
»
p 70 :
« ... les activités scientifiques sont
devenues un substitut
à l'engagement de
la guerre réelle ...»
p 71 :
« .. cette guerre envisagée dans sa
fonction ludique
a trouvé dans la recherche scientifique sa forme
sublimée. En se déplaçant des champs
de bataille
dans les laboratoires, le plaisir de la recherche, fût-ce
pour la
production des armes les plus meurtrières, renouait avec
l'esprit chevaleresque de la compétition. La fonction du
chercheur ne renvoie-t'elle pas au modèle le plus
archaïque
de la lutte pour l'honneur, la gloire et le prestige ?
.... - l'idée que la lutte pour la première place
est
tout aussi inhérente à la guerre
économique
qu'à la guerre tout court »
p 83 :
« Comme l'a dit en 1997 Sir Michael Atiyah, dans
l'allocution qu'il a prononcée à la fin de son
mandat de
président de la Royal Society, les complaisances de certains
scientifiques à l'égard du complexe
militaro-industriel
ne sont pas loin de ressembler à de la prostitution.
»
...
[parlant des scientifiques]
« ... " .. et la suspicion que le public ressent à
notre
égard en est l'une des conséquences .
[...] Nous
autres savants, nous nous trouvons désormais
confrontés
à une question cruciale : comment nous comporter
vis-à-vis du gouvernement et de l'industrie, de
façon
à tretrouver la confiance du public ?
Il va nous falloir un peu d'humilité. Rien ne sert de se
plaindre que le public est mal informé et qu'il aurait
besoin
d'être rééduqué. »
p 93 :
« Le processus de mondialisation et la
révolution de
l'information coïncident avec le déclin de la
"territorialité" de la production ....
simultanément se
multiplient les revendications liées à
l'écart
grandissant entre pays participant aux réseaux
internationaux et
ceux qui en sont exclus. » [
voir "barrière numérique" ... ou "l'Age de
l'accès" (Rifkin) .. ]
p94:
« De fait, Davos et Porto Alegre symbolisent deux
univers
dont les rationalités ne renvoient pas aux mêmes
références - un monde non pas tant sur le chemin
de
l'unité que sur celui d'une régulation d'un type
nouveau.
La répression dont ces mouvements ont
été le
théâtre à Gènes n'a pas
seulement
signalé la dérision des échanges entre
les membres
du G8, elle appelle à une véritable mobilisation
des
victimes et des contestataires contre les symboles d'un pouvoir mondial
qui s'exerce sans unité ni
conviction derrière
la façade
des prérogatives des Etats-nations. De fait, le
système des Nations unies demeure sous la tutelle des pays
les
plus industrialisés, qui eux-mêmes sont de plus en
plus
sous influence des grandes entreprises privées .... Et dans
ce
contexte, le conflit de loyauté du scientifique ne se
situerait
plus entre son pays et les valeurs présumées de
la
science, mais entre celles-ci et les impératifs du
marché
... »
p96: [chapitre sur la Balkans
: cette bribe de citation ne s'intéresse
qu'à la
notion d'Empire ;-) ]
« ... Les racines de l'explosion
remontent
assurément à une longue histoire, qui est celle
de
royaumes, de nations, de religions et de peuples longtemps tenus sous la tutelle
des Empires,
...»
p
97:
« "La raison
efface les autres tristesses et douleurs,
disait Montaigne dans les Essais,
mais elle engendre celle de la repentance " »
[
c'est ici un rare cas de réhabilitation de la raison qui
veut
être souligné ]
p98:
« ... c'est par le recours à la
diabolisation de
l'autre et aux "boucs émissaires ethniques" ...
ont
été entraînés ... dans
l'escalade ruineuse
en dépenses militaires d'une "petite guerre froide" .
» [
se
reporter à l'original pour les détails ]
p99:
« Tout est possible, certes, si la volonté
politique existe ...
»
[ .. et
si elle est sincère ... ]
p
102: [chapitre sur le
Maghreb ... il n'est pas interdit
non plus de regarder autour de soi,toutes proportions
gardées,
les similitudes ou reflets ..]
« Les analyses sans complaisance
d'Abdulhamid Chorfa,
ancien secrétaire général du
gouvernement
algérien, illustrent toutes les raisons pour lesquelles les
pays
du Maghreb, faute d'infrastructures scientifiques et de budgets de
recherche plus conséquents, ont rapidement connu "l'exode
des
cerveaux" et ne disposent pas encore d'une communauté
scientifique constituée et identifiée,
légitimement reconnue et soutenus par les politiques. Cette
situation hypothèque toute possibilité de voir
des
scientifiques peser sur la sphère politique. D'autant plus
que
le cadre politique d'organisation de la société
ne
favorise pas l'émergence d'une société
civile
ouverte aux débats publics» [
notons, sans s'en démarquer, l'ambiguïté
de la
démarche qui fustigerait le manque de conscience politique
de la
majorité des scientifiques .. tout en déplorant
leur
manque d'accès au pouvoir . Mais,
encore une fois,
se reporter au texte original ... ]
« ... Le paradigme industrialiste » s'est
dissous
dans des stratégies
pour le prestige
plutôt que pour l'engagement
professionnel,
et si le discours
sur la
science a été partout légitimé, la pratique
de la science,
elle, ne l'a pas été.
Entre une "socialisation sûre" et une "professionnalisation
aléatoire"», suivant l'excellente formule de
Hocine
Khelfaoui, le choix a été coûteux
à long
terme, qui revenait à faire prévaloir les options
politico-idéologiques sur les réalités
économiques et à ne trouver de
légitimité,
fût-ce pour des enjeux
aussi importants que la formation et l'utilisation des
ingénieurs et des techniciens,
que dans le recours au
favoritisme de l'Etat. Du même coup, les fonctions politiques
ont prévalu sur celles que définit la
compétence:
l'Etat démiurge et omniprésent a
bouclé le
processus de promotion sociale, reléguant au second plan
ceux-là mêmes qui devaient passer pour les piliers
de la
construction de l'Etat.
»
p103:
« .. les différentes factions qui, à un
moment ou
à un autre ont exercé le pouvoir, ont rendu de
pieux
hommages aux compétences techniques plutôt
qu'accepté de partager le pouvoir avec les
détenteurs de
ces compétences»
« ... la violence qui s'est emparée du pays a
rendu encore
plus aléatoire la capacité de la
société
à se prendre en charge professionnellement . »
p
109:
« .. faute d'une société
civile capable d'influer sur les décisions politiques,
il
n'y a pas d'espace favorable à la critique
démocratique ni
de pression en faveur de programmes communs conséquents.
» [ ... dans un pays
qui se veut
démocratique, la "société civile"
peut-elle
être représentée seulement par des
"scientifiques"
ou des savants quand certains d'entre eux affirment eux-mêmes
qu'ils ne seraient rien sans un "continuum" de compétences
allant du technicien de base à l'expert ? Doit-on
y
désacraliser le "scientifique" pour mieux disposer de ses
robots
techniciens n'ayant aucun droit au chapitre ? Dans
un pays
qui se veut démo-cratique, est-on obligé
d'inverser les
rôles ? .. ]
p 110 :
« ... la prise de parole ... qui peut aller
jusqu'à la
dissidence, le renoncement à sa carrière et le
sacrifice.
C'est bien pourquoi on peut se demander finalement pour quelles raisons
et par quels scrupules certains scientifiques travaillant pour la
défense cessent de le faire ou se trouvent en même
temps
militants de la paix. Ou encore se demander pourquoi certains attendent
des réponses spécifiques de la science (et des
scientifiques) à des problèmes dont la nature
n'est pas
spécifiquement scientfique.
... La seule réponse catégorique est, sans doute,
que
là où il n'y a pas de science, de
communauté ni
d'institutions scientifiques, il n'y a aucun espace
commun de
rationalité à atteindre ... : le problème
ici n'est pas tant
celui de la même règle du jeu à
observer que celui
d'une langue commune
dans et
par laquelle se parler.
»
.. « Inversement, il n'y a jamais de garantie pour
que,
là où s'exerce la rationalité de la
science, la
"diabolisation de l'autre" ne tienne pas lieu de politique ...
»
p 111:
« [citation de la Convention de l'UNESCO] "Les
guerres
prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des
hommes que doivent être élevées les
défenses
de la paix" »
[ .. en
espérant que des esprits 'supérieurs' n'auront
pas
l'idée de vouloir sauver l'Homme malgré lui .. en
provoquant son anéantissement ! ce qui impliquerait en effet
le
rejet de la science et de la raison ... ]
p 112:
« .. : il faut encore travailler
désormais à
renforcer par
la science les
régimes de non-utilisation
des armes les plus récentes et les plus destructrices.
»
[
avouons ici que la lubie d'Unabomber consistant à vouloir la
"destruction du système industriel",
même si elle
part sans doute de bons sentiments, nous paraît en effet
simpliste ... ne serait-ce que sur un plan matérialiste ! ]
p113:
« Il est possible, d'ailleurs, comme Kant
le
suggérait, que la guerre soit "indispensable au
perfectionnement
du genre humain", et qu'il faille en passer par là pour voir
progresser, vaille que vaille, une société moins
vouée à la violence ...
Reste qu'en l'absence de l'unité ou de l'empire
universel (qui pourrait tout
aussi bien être tyrannique), les guerres font
partie des
ingrédients de l'histoire -sinon de la nature
- humaine.»
p 114: [ clins d'œil ]
;-) « .. rêve
hégélien de la fin de l'histoire et l'idée
nietzschéenne du
"dernier homme" englué dans l'ennui et la
médiocrité de la société
universelle.
»
;-) « Alors une autre histoire post-humaine pourra
commencer » [ et si elle avait
déjà
commencé à notre insu ? ... ne
serait-ce que par
les effets de bords de la robotisation,
l'accélération des transformations
écologiques ,
etc ... qui pourrait prétendre s'en isoler ? ]
;-) [ encore une référence à
Alvin
Töefler .. ! ]
p 116 :
« La conception, tout comme la production des
systèmes d'armes, est moins tributaire désormais
des
industries publiques d'armement que de l'industrie privée
...
»
p117:
« La guerre informationnelle ne se livre pas
seulement sur
le champ de bataille, elle se livre aussi en dehors du
théâtre des opérations et surtout en
dehors de
l'engagement même de la guerre: elle est partout dans la
confrontation économique, technologique et
médiatique
quotidienne » [
.. et culturelle ... et dans la course sournoise et
indénonçable aux techniques de formatage des
esprits
pleins de bonne volonté .. ]
p120
« .. Seuls au monde, comme le
Père Ubu,
ils entendent imposer leurs lois, leurs moeurs, leur
idéologie
au prix d'un désordre international plus
imprévisible
qu'au temps de "l'équilibre de la terreur". ...»
p 123 : [chapitre
« Une figure de la culture »]
« C'est bien à partir de la Seconde
Guerre mondiale
que la science est devenue une affaire d'Etat ... »
p125 :
« L'enjeu n'était plus
idéologique, mais
économique et par là même encore
stratégique
dans le nouveau contexte de la mondialisation livrée
à la
"guerre économique " : empêcher les
alliés, aussi
bien que les adversaires, d'accéder à des
informations
high tech capables de
réduire les avantages concurrentiels des Etats-Unis
»
... « ..; en effet, l'autonomie et le progrès
même
de la recherche fondamentale pouvaient être
menacés par
les restrictions imposées au libre échange des
idées avec des collègues étrangers
»
« Les associations scientifiques, organisations
dont les
objectifs se limitaient à des réunions et
à des
publications, sont devenues des organismes qui visent à
changer
la société. » [
..
parallèlement, est-il bien pertinent de reprocher
à Don
Quichotte de vouloir "changer le monde" ? ]
p 126:
« ... Herbert York considère qu'il y a
deux
catégories de scientifiques ... "les optimistes
technologiques" .. et ... ceux que traverse un doute sur la
bénévolence inévitable de leurs
recherches. ... Les seconds dépassent
leur
engagement professionnel en s'interrogeant sur l'usage qui est fait de
ce qu'ils découvrent ou réalisent et parfois
prennent la
parole, au risque de compromettre leur carrière, pour
dénoncer cet usage. » [
...
dommage que seuls les élites ou les savants soient dignes
d'intérêt, sinon un intellectuel
médiatique
finirait sans doute par découvrir une toute nouvelle
dimension,
moins utilitariste ou matérialiste, de la science (ou de
l'informatique) : à savoir sa valeur de discipline de l'esprit
...]
p127:
« ... Techniciens parmi d'autres, la plupart des
scientifiques sont les exécutants d'une science "sans
âme
ni conscience": le scrupule n'est pas leur lot, et beaucoup parmi eux
ne se comportent pas autrement que des mercenaires
... »
« .. apprenti-sorcier ..»
p 129:
« Et si les inégalités
demeurent, en
particulier si "les deux tiers de la population croissante de la terre
sont victimes de la sous-alimentation", il n'y a pas lieu de s'en
prendre "à l'insuffisance de l'esprit inventif des
savants" : le seul frein au respect de ces droits est soit
l'inégalité des ressources soit la
volonté de
certains Etats "de murer matériellement ou
intellectuellement
leurs ressortissants dans leurs frontières"
»
... « En ce sens, la science porte la marque d'une
inspiration et d'une aspiration à l'universel qui ne sont
pas
très différentes de celles des droits de l'homme
» [
encore faut-ils savoir que des 'penseurs' s'insurgent contre l'ordre
des "droits de l'homme" , encore faut-il comprendre pourquoi ... ]
p 130:
« ... que l'on prenne "franchement parti sur le
problème de la liberté de la recherche
scientifique "
»
p 131:
« ... René Cassin soulignait que tout
dépend
finalement de la conscience des scientifiques : ceux-ci devraient, par
leur vocation autant que par leur éducation, "être
mis en
état de résister à la tentation d'user
de leur
pouvoir "»
[ ne tourne-t-on pas un peu en rond : qui éduquera ceux qui
éduqueront les scientifiques ? qui leur confère
du
pouvoir ? ...]
« ... le droit est de plus en plus pris de court
... »
p 141 :
« ... ne prenons pas l'effet pour la cause: la
science et
la technologie ne sont pas des forces qui agiraient de
l'extérieur sur les sociétés ... ..:
la racine du
mal n'est pas là. entre la terreur et le scrupule, les
apprentis-sorciers de la science forgent les armes avec lesquelles les
hommes écrivent l'histoire, ils ne la dictent pas et ne lui
commandent pas. .. »
p 143 :
[conférences
de Pugwash]
« ... ceux qui s'y expriment n'ont cependant pas
manqué à leur vocation en choisissant d'assumer
ce que
leur fonction même a désormais de politique : "Ils
ont
considéré de leur devoir d'essayer de toute
façon
..." ...»
Ainsi
s'achève la
démonstration : CQFD =
les scientifiques
constituent une élite,
la plupart
d'entre eux ne sont d'ailleurs que des techniciens, exécutants, voire mercenaires ( voir page
127 ) et en
tout cas des apprenti-sorciers
pire, lorsque
l'un
d'eux prétend oeuvrer pour prévenir le chaos qui
s'annonce, il joue les assassins (Unabomber) privant son
message
de toute dignité ..
Donc (*) :
-
l'élite est marginale,
-
à fortiori : l'élite de l'élite (qui,
elle, aurait
une conscience) !
- ceux
qui ne sont pas dans l'élite ont un rôle marginal
dans la
marche du monde : ils ne sont même que les pions du jeu
chevaleresque que sont
censés jouer pour leur bien les rares
savants vertueux qui sauvent la face de la science : il faut bien qu'il
y ait des consommateurs, des utilisateurs pour pouvoir jouer
à
la "République" et à la
"Démocratie" !
Il ne s'agit
que de
trouver des savants vertueux capables d'apporter aux populations la
sécurité (les armes)
et le confort de solutions toutes faites, en aucun cas il ne viendrait
à l'esprit de leur faire partager le poids et les dilemmes
de l'acquisition de savoir, puissance ou pouvoir.
(*)
: plus
exactement, "le scientifique et le guerrier" nous donne
à voir comment
les rêves
et les idées
de ceux qui sont censés être les piliers
de notre monde contemporain n'en sont en fait qu'à la marge
Conclusion :
Le danger, c'était l'inconnu, la gêne
c'était l'autre, mais a-t-on besoin que quelques-uns nous
annoncent que le problème à erradiquer ce serait
l'Homme, ce serait nous-mêmes ... et qu'on doit leur donner
les moyens de s'en charger ?
(
s'il faut préciser : l'apprenti-sorcier s'est démarqué en
passant du souci commun de survie -éliminer les dangers-,
à celui de prospérité - s'appuyer sur la
pééminece de son
savoir, écarter les obtacles et les concurrents-, et enfin,
cerise sur le gâteau, il veut la gloire - se voir en 'pilote' du
sauvetage d'une Humanité en déroute / la fatalité
d'une prochaine fin du monde reconnue comme inexorable augmenterait
alors le risque de devoir s'en remettre à des mégalos se
rêvant inconsciemment ou secrètement comme ultime phare et
modèle de notre Espèce ... )
S'il est nécessaire de
sauver le monde, envisageons d'abord,
pour en prendre
conscience, de savoir
observer,
développer des sensibilités, un sens critique et
des capacités de discernement (ne
pas bannir la raison ! (**) ). Et,
comme le suggérait Hubert Reeves, il ne suffirait
plus d'éviter les dérives : s'il n'est pas
sûr que toutes nos capacités scientifiques
réunies pourraient relever le défi de trouver
l'antidote aux maux qui rongent notre planète c'est
peut-être aussi qu'il faut élargir l'appel
à participation.(et ça, ce n'est plus de l'humour
grinçant ! )
(*)
: quand
des 'littéraires', qui sont certainement loin d'être les
moins nombreux ni les moins puissants aux postes du Pouvoir
politique, veulent exhorter les 'scientifiques' à utiliser
davantage l'hémisphère droit de leur cerveau, la
population serait peut-être davantage séduite, s'ils
n'abusaient pas un peu de cette catégorisation pratique pour
gommer par la rhétorique toutes les responsabilités que
devrait savoir assumer leur cerveau gauche.
Puisque nous
sommes tous marginaux, la marge est immense et nous y avons
de la place, la vie est belle !
Insistons donc pour jouer notre propre musique (cela ne portera pas ombrage à
Mozart !) : nous ne serons jamais
ni
plus ni moins prétencieux que n'importe qui.